Les Animales

Réflexion

Garçon manqué

Garçon manqué

Ce qui suit n’est que le fruit de mon expérience, et je ne parle qu’en mon nom :

Petite et jusqu’à la fin de mon adolescence, j’ai été qualifié de « garçon manqué ». Pas (vraiment) comme une insulte, plus comme une description. « Garçon » et « manqué ». GARÇON. MANQUÉ. Attendez une minute, quoi ?

Un peu de culture

Reprenons un peu, et commençons par ce qu’a à nous dire internet à ce sujet : « Garçon manqué est une expression désignant une fille qui adopte le comportement d’un garçon. Typiquement, cela peut se manifester par : le port de vêtements masculins. la pratique de sports et d’activités habituellement réalisés par les garçons. » (wikipédia). (d’ailleurs si l’expérience vous paraît trop super et vous tente, voici un tuto détaillé pour devenir un vrai garçon manqué)

J’ai aussi trouvé cette définition sur l’interweb :

« Expression française récente du moment qu’elle ne remonte qu’au milieu du XXème siècle. Elle sert à qualifier toute fille adoptant un comportement de garçon qui se manifeste par un port de vêtements masculins ou la pratique d’activités réalisés par des garçons en s’entourant de copains du sexe opposé.

L’adjectif manqué est péjoratif par le fait qu’effectivement la fille en question a quelque chose qui lui manque pour devenir un garçon à part entière et elle manque à sa féminité en même temps. »

En réalité, les origines de cette expression restent plutôt opaques, et la trace la plus ancienne que j’ai pu trouvé a été écrite par Zola dans son œuvre La Curée, et concernait… les filles manquées !

« Ce joli jeune homme, dont les vestons montraient les formes grêles, cette fille manquée, qui se promenait sur les boulevards, la raie au milieu de la tête, avec de petits rires et des sourires ennuyés » (Zola, Curée, 1872, p. 486)

Chronologie d’une fille garçon manquée

On finit par s’y habituer, mais petite, ça me dérangeait. Enfant, je n’ai jamais cultivé cet aspect de ma personnalité, je n’ai jamais cherché à ressembler à un garçon. J’aimais jouer dehors, bricoler avec mon père, jouer avec des circuits de voitures, des crash test dummies, des batman, des Tortues ninja, faire du roller, jouer avec un lance pierre, faire des expériences de chimie avec ma mallette… Je trouvais toutes ces activités bien plus intéressantes que de jouer avec des reproductions inertes de bébés froids et rigides (des baigneurs oui). Bon j’exagère le trait, j’aimais juste pas les poupées, que je trouvais inutiles.

Pourtant, même si j’ai toujours aimé dessiner, fabriquer des choses, dormir avec plein de peluches, me passionner pour les animaux, lire, écouter de la musique – des activités plutôt considérées comme mixtes dans notre société – on ne relevait que ma tendance « garçon manqué ».

Qu’est-ce qu’une petite fille comprend du terme « garçon manqué » ? Possiblement qu’elle est ratée. Qu’elle a failli être un garçon mais en fait, non, ça a un peu raté. D’ailleurs je posais souvent la question « pourquoi on ne me dit pas fille manquée ? Je suis une fille, qui fait des trucs de garçons, je suis donc une fille un peu ratée non ? ». Peut être que j’étais donc le contraire d’une fille réussie alors.

Les parents peuvent bien sûr se rassurer sur internet grâce à cet article riche et détaillé, écrit par des experts de la psychologie.

Ces qualifications se basent sur des stéréotypes éducatifs qui peuvent entraîner une baisse de l’estime de soi. Comment se sentir bien lorsqu’on ne semble pas correspondre à ce que la société attend de nous ? L’impact peut s’étendre jusqu’à l’adolescence (voire l’âge adulte). Pour ma part, le trait s’est accentué fin de collège/début lycée. Ne pouvant échapper à ce que je ressentais, à mes goûts, j’ai pris le parti de construire mon identité en opposition aux critères que l’on m’imposait (et auxquels j’étais défaillante !)

Vers 13 ans, j’attends de devenir lesbienne. Oui, car je crois que cela « va m’arriver ». Je ne le redoute pas vraiment, je me pose plein de questions sur la façon dont la révélation se fait, je constate au quotidien mon intérêt grandissant pour les garçons et ma non-attirance pour les filles. Et j’attends. Et j’attends.

Au collège, période cruelle pour beaucoup, je n’ai pas vraiment à me plaindre mais je dois reconnaître que j’ai pu être témoin de beaucoup de maltraitance et de réflexions sur le physique de jeunes envers d’autres jeunes. Donc dans un style plutôt indéterminé, je commence à comprendre que les garçons sont plutôt attirés par les tresses et les semelles compensées que par les joggings et les sweatshirts. Puis, le roller est rentré dans ma vie.

C’est donc cheveux courts, baggy, caleçon (d’homme), et grosses pompes de skate que je rentre au lycée… et que je me fais catégoriser, une fois de plus, chez les « hardos », les « skaters » ! Mais bon, c’est la loi du lycée, tu dois appartenir à une catégorie (et souvent, tu t’es battue pour qu’on reconnaisse à quel groupe tu appartiens, même si ça te soule qu’on te le fasse remarquer !). L’idée que je ne suis pas féminine a continué son chemin, je le revendique même et critique la féminité. Je rejette les jupes, les centres d’intérêts pouvant laisser entendre que je suis une fille, les séries sentimentales, les potins, le rose; bref, je mélange tout. Je n’en souffre pas directement, j’ai une vie affective active, mais je pense alors toujours être un peu loupée (et j’attends toujours mon homosexualité !).

Tout a changé

FAUX ! Aujourd’hui, mes cheveux ont poussé, mes pantalons sont plus serrés. Cependant, je mets très peu de maquillage, je n’aime pas les escarpins, et je ne suis pas la reine de la coiffure. Il est très fréquent que des hétéro me  pensent lesbienne lorsque l’on se rencontre. Cela ne me dérange pas, et je ne fais rien pour dissiper le doute car pour moi cela n’a jamais été insultant.

Pourtant avec le recul, je dois dire que je supporte mal quand on me dit « mais toi t’es un vrai mec », « t’es trop un bonhomme », parce que je bois du whisky, que je m’intéresse de près à la survie, que je joue aux jeux vidéo et que je pratique des arts martiaux. Je ne comprends pas pourquoi ces activités qui sont pour moi totalement mixtes puissent encore aujourd’hui en 2017, considérées comme réservées majoritairement aux hommes ?

Devoir être la meilleure

Je remarque que si je parle moto ou voiture, j’ai intérêt à connaître mon sujet, car le peu d’attention obtenue sera immédiatement reprise si je ne m’y connais pas autant ou mieux qu’un homme (car c’est bien connu, tous les hommes sont mécanos et savent parfaitement piloter un véhicule, scientifiquement prouvé par des scientéticien.ne.s) (non, ce mot n’existe pas, ne cherchez pas). Si elle brille dans une activité, alors soudainement la fille est géniale, parce que quand même, c’est une fille et t’as vu ce qu’elle réussit à faire ?

Ainsi, je me pose la question de l’incidence que peut avoir ce genre de propos sur une personne. Ne pourrait-on pas essayer d’évoluer ensemble, et de s’ouvrir à la possibilité qu’une activité sportive, martiale, survivaliste, mécanique, puisse (et doive) être mixte ? Je suis intimement persuadée que nombre femmes n’osent pas essayer certaines activités car elles ne se sentent pas à la hauteur, ont peur d’être de trop, d’être jugées. Et à l’inverse, la danse, le tricot, la couture, qui sont des activités absolument mixtes, par leur utilité et les bienfaits qu’elles apportent, manquent souvent de présence masculine. Je ne vais pas parler à la place des autres, mais j’espère toujours pouvoir partager mes activités favorites avec mes humains préférés, quel que soit leur genre.

Concluons

Pour conclure, je me suis toujours autorisée à faire ce dont j’avais envie (mes parents ont contribué à ce trait de caractère, ne m’ayant jamais fait peser l’idée qu’une activité était plus réservée à un genre qu’un autre). Et ce n’est pas à ce niveau que l’aspect garçon manqué a pu faire des dégâts. C’est plus insidieux que cela. C’est l’idée, au fond tout au fond, que je ne correspond pas à ce qu’on attend de moi. Je ne suis pas à l’aise dans la séduction car je n’ai pas confiance en  moi. Je redeviens immédiatement cette petite fille qu’on prend pour un garçon, et je peux me sentir vraiment mal si une personne qui m’intéresse renie mon genre. De plus, il m’arrive de me dire que certains vêtements, certaines situations, ne pourraient pas aller à une « fille comme moi ». Et je le pense au plus profond de moi, même lorsqu’on m’affirme le contraire. Je m’en veux d’avoir pu penser un jour qu’être « une vraie femme » (comme si cela voulait dire quelque chose) était quelque chose de négatif. Je m’en veux d’avoir pu porter un jugement des filles « girly » quand j’étais adolescente, c’était de la défense primitive. Elles représentaient ce que je ne serai jamais. Mais au fond, ça n’a pas (toujours) d’importance.

Rendez-vous sur Hellocoton !
Lire la suite
Nous vous recommandons :
2 Commentaires

2 Commentaires

  1. Ourson bougon

    6 avril 2017 at 13:32

    Hau kola,

    T’es pas un garçon manqué,mais une meuf vraiment réussie !
    Parce que justement tu as su/appris à, t’affranchir de ces codes genrés dictés par le sexe (ou plutôt que la société nous impose à travers notre sexe).
    Et c’est ça une « concrete girl » ! (private). Oui, elle retape un vélo ou répare sa voiture toute seule, parce que la mécanique et foutre les mains dans le cambouis lui plait, et aussi elle pleure quand elle est triste, demande de el’aide quand elle juge en avoir besoin, « se fait belle » quand elle en a envie, sort en pyjama sans se coiffer ni maquiller quand elle en a envie, … bref, s’assoit sur ces conneries d’ « attendus » par la société. Elle vit comme elle est, comme elle le sent. C’est très sain, et très inspirant. Et courageux.
    « C’est l’idée, au fond tout au fond, que je ne correspondS pas à ce qu’on attend de moi ». C’est là que (quasiment tous) les gens font une profonde erreur (et qui est très dommageable pour la santé mentale de tous-tes les enfants/ados et futurs adultes) : on ne peut pas attendre de quelqu’un-e qu’ille corresponde à quelque chose, en tout cas quelque chose d’autre que ce que la personne concernée a défini/souhaite/lui convient.
    Le SEUL comportement qu’on peut (doit ?) attendre de quelqu’un-e, c’est qu’ille vive comme ille l’entend, s’assume, se respecte, et ne s’adapte pas malgré ellui / ses envies / ses besoins aux désidératas des autres, de ce que la société attend.

  2. Pingback: The clock ticks life away, so long Chester Bennington – Les Animales

Laissez votre commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Plus d'articles dans la catégorie Réflexion

Catégories

Retour d'expérience

THINX, la culotte qui va changer ta vie

Rédigé par 14 octobre 2017

Animaux

Le cri de la carotte

Rédigé par 15 septembre 2017

Animaux

Keny

Rédigé par 12 septembre 2017

Youtube

Mardi Noir

Rédigé par 1 septembre 2017

Livres

FIGHT GIRLS

Rédigé par 31 août 2017

Animales