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Kafka sur le rivage

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Kafka sur le rivage

Kafka sur le rivage

 

Ce que j’ai aimé : la poésie particulière que l’on retrouve dans tous les Murakami (que j’ai lu), la philosophie et la réflexion dans laquelle l’auteur nous plonge sans que l’on s’en rende compte, le rythme si particulier du récit, la magie onirique si typique qu’il s’en dégage.

Ce roman initiatique nous emmène dans un Japon contemporain, à travers les aventures d’un adolescent de 15 ans qui va rentrer dans le monde adulte avec des émotions contrastées.

Il s’agit d’un récit dans lequel vont se dérouler deux histoires en miroir. Celle de Kafka Tamura, 15 ans qui fuit son destin et sa réalité, et le quotidien de Nakata, un vieil homme évoluant dans une réalité unique et onirique.

Suite à un accident survenu pendant son enfance, Nakata perd son intelligence, sa capacité d’analyse, son référentiel de pensée, en somme, sa personnalité . Il ne lui reste que des séquelles curieuses, dont la particularité de pouvoir communiquer avec les chats. Poussé par une force qu’il  n’explique pas (et qu’il ne cherche pas à expliquer), il se met en quête d’une pierre aux pouvoirs mystérieux.

Kafka lui, s’enfuit de chez son père pour fuir une prédiction œdipienne émise par ce dernier. Il est adolescent mais se prépare depuis longtemps à cette fuite vers l’avant. Il veut comprendre, et contrôler ce qu’il va lui arriver.

J’ai trouvé ce roman « métissé ». En effet, il allie les codes de la tragédie grecque classique et l’état d’esprit de la philosophie japonaise mêlant bouddhisme et shintoïsme.

« Si tu te poses la question alors  tu ne comprendras jamais » (1Q84, Murakami).

« C’est une perte de temps de réfléchir quand on ne sait pas penser » (Kafka sur le rivage, Murakami)

Lorsque l’on découvre une histoire japonaise, je crois qu’il faut accepter de ne pas pouvoir tout expliquer, et laisser la logique occidentale de côté. Ici, il s’agit d’une histoire de sensations, de découvertes, et de rencontres. Cela peut être frustrant de prime abord de ne pas avoir la clef de chaque énigme, mais lorsque j’ai refermé le roman, j’ai compris que la réponse était dedans, mais pas là où je l’attendais.

Le mystère est une part qu’il faut accepter chez Murakami, cela demande un effort, il faut quitter ce que l’on connaît habituellement et se laisser porter par sa violente poésie.

Nakata nous invite à cette attitude, il ne comprend pas tout, et ne cherche pas à tout comprendre. Il fait confiance à ce qu’il ressent et ne lutte pas contre le courant qui l’emporte. Il s’agit là d’une attitude bien courageuse : faire confiance à la vie, même si elle semble nous proposer un chemin sibyllin. Les métaphores sont très présentes tout au long de l’histoire et l’on finit par ne plus savoir ce qui est réel ou non, acceptant alors la possibilité de réponses en partie opaques.

J’avais envie de retrouver l’univers si particulier que l’on trouve dans les films de Miyazaki (notamment Princesse Mononoke et Le voyage de Chihiro), ce qui fut en parti le cas. Ce que Murakami et Miyazaki nous proposent en commun pour moi, c’est une possibilité de voir la vie autrement. Il peut être compliqué de ne pas retrouver les codes rassurants auxquels l’on se rattache lorsqu’on suit une histoire, ceux qui nous permettent d’anticiper et de comprendre. Mais c’est bien de cela qu’il s’agit, ne pas anticiper, se laisser porter.

J’ai également été marqué par le regard quasi anatomique et descriptif sur la sexualité des différents personnages. L’érotisme est très différent de ce que la culture occidentale apporte habituellement.

En somme, et pour ne pas trop en dire, Kafka sur le rivage est un petit bijou de poésie et de philosophie. Il demande à laisser de côté ses habitudes, ses préjugés, son envie de maîtrise sur les évènements, et à accepter. Accepter le vide sans qu’il provoque une angoisse, accepter les silences, accepter la place de l’étrange. Plusieurs personnages nous aident à trouver cette juste position, et lorsqu’on se prête au jeu, il s’agit presque d’une expérience méditative. En tout cas, c’est ce qu’il s’est passé pour moi.

Je conclurai ce RETEX (oui, je l’ai vécu intensément haha), par un extrait qui illustre mon ressenti :

« Parfois, le destin ressemble à une tempête de sable qui se déplace sans cesse. Tu modifies ton allure pour lui échapper. Mais la tempête modifie aussi la sienne. Tu changes à nouveau le rythme de ta marche, et la tempête change son rythme elle aussi. C’est sans fin, cela se répète un nombre incalculable de fois, comme une danse macabre avec le dieu de la Mort, juste avant l’aube. Pourquoi ? parce que la tempête n’est pas un phénomène venu d’ailleurs sans aucun lien avec toi. Elle est toi même et rien d’autre. elle vient de l’intérieur de toi. Alors la seule chose que tu puisses faire, c’est pénétrer délibérément dedans, fermer les yeux et te boucher les oreilles afin d’empêcher le sable d’y entrer, et la traverser pas à pas. Au coeur de cette tempête, il n’y a pas de soleil, il n’y a pas de lune, pas de repère dans l’espace ; par moments, même, le temps n’existe plus. Il n’y a que du sable blanc et fin comme des os broyés qui tourbillonne haut dans le ciel. Voilà la tempête de sable que tu dois imaginer. »

Bonne lecture à vous.

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