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L’attente du soir, Tatiana ARFEL

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L’attente du soir, Tatiana ARFEL

L’attente du soir, Tatiana ARFEL

Stop, au nom de l’amour. Ce qui va suivre est difficile à écrire pour moi. Je viens de terminer un livre qui rentre immédiatement dans mon top ten, et on n’y rentre pas comme ça. Il a creusé sa place dans mon cœur, page après page, mot après mot. Et quand je l’ai refermé, après avoir été au bord des larmes pendant 325 pages, l’émotion est arrivée comme une grosse vague qu’on se prend sur le coin du cœur alors qu’on regardait derrière soi (ne me dites pas que je suis la seule ayant jamais pris une vague surprise dans la tête).

Cet effet, c’est l’effet ARFEL. Le nom du livre  : L’attente du soir.

Un écrin rempli de poésie douce et profonde, jamais gnangnante.

Rien que ce titre est absolument poétique (même si à chaque fois que j’en ai parlé, les yeux brillants d’émotion au cour de ma lecture, j’avais l’impression de dire La tante du soir, et de parler d’une histoire d’homme travesti).

Ce que j’ai aimé : la poésie, le choix des mots, la justesse dans la description des émotions, la pudeur, la magie, le déroulement de l’histoire, la souffrance décrite jamais dans la plainte…

Quel talent ! Je n’arrive pas à savoir si ce livre m’a autant bouleversé parce qu’il parle des émotions comme je les vis, où si la plume est univoque. Au fil de la lecture, je me disais « il faut que je le prête à Untel », « il faut que je partage cette découverte » « IL FAUT QUE LE MONDE SACHE », franchement ce n’est pas tous les jours que je ressens cela.

Tatiana ARFEL est psychologue de formation, et écrivaine de métier. Elle est diplômée en lettres modernes. C’est tout ce que l’on peut trouver sur elle. J’aurais personnellement ajouté « Tatiana ARFEL a un doctorat en magie des mots », mais bon, cela n’existe pas. L’attente du soir est son premier roman. J’ai peur de l’abimer en tentant un résumé, un peu comme essayer de raconter un joli rêve, que l’on abimerait instantanément avec ses mots, et qui perdrait son merveilleux. Voici ce que je peux en dire :

C’est l’histoire de trois histoires, trois chemins, trois personnes, trois singularités. Tantôt auprès d’un clown dans un petit cirque familial, tantôt auprès d’un enfant qui s’élève seul dans un terrain vague, tantôt auprès d’une jeune femme qui grandit dans une famille absente par les yeux et l’amour. Au fil des pages, on découvre ces individus, qui vivent ou survivent, au gré du vent, de rencontres, de vide et d’espoir. On approche de très près la folie, la capacité d’un parent à bousiller la vie d’un enfant, la résilience incroyable de chacun, les mécanismes de défense, la fonction du rêve, l’autisme en tant que symptôme, en tant qu’état, la peur de la foule, la houle des sentiments, le véritable pardon. Tour à tour, les protagonistes nous montrent sans filtre comment eux font. Et l’on se sent soulagé par moment, de voir que face à la difficulté de la vie, personne ne peut prétendre faire mieux que le voisin.

Je recommanderais ce livre à tou.te.s, à celleux qui tiennent à distance leurs émotions, à celleux qui les vivent tous les jours un peu trop intensément, à celleux qui ne comprennent pas l’intensité de certain.e.s, à celleux qui ne lisent pas d’habitude. C’est un roman original, qui ne ressemble à aucun autre. Une pièce de théâtre aux décors détaillés, à la justesse émotionnelle incomparable, au réalisme emprunt de magie. Quelques étoiles, un peu du Petit Prince, je me suis sentie au bord de mon cœur.

Je m’arrêterai là pour ne pas vous laissez imaginer que je suis dans la surenchère, je ne m’enflamme pas comme ça pour toutes mes lectures, c’est d’ailleurs en fait assez exceptionnel. Il n’y a que la vraie vie et les vrais gens qui peuvent me faire ressentir tout cela d’habitude, quand ils ont l’honnêteté et le courage d’être eux-mêmes, sans filtre social.

Pour finir, rien de tel qu’un extrait :

« En revanche il n’y eut pas de femme, et partant, pas d’enfant, pas d’héritier : ce fut mon plus grand regret. Je ne sais pas ce qui s’est passé, je pense qu’aucune ne me plut vraiment et que j’étais trop idéaliste pour des étreintes amicales derrière une roulotte. Je voulais être arraché à moi-même et, quand je le fus enfin, j’étais bien trop vieux pour espérer un sentiment de retour. Je pense que c’est cela qui me fit basculer de l’autre côté et retrouver comme on s’ébroue au matin mes douleurs, le manque de mes parents, ma sensibilité électrique à la dureté du monde. Cela, je veux dire mes sentiments pour Ismaëla. Comment ne pas la comprendre ? Elle avait à peine trente ans, et moi je trainais mes cinquante années sur le flanc descendant de ma montagne. J’étais un vieux monsieur très gentil qui lui permettait de travailler. Il est d’ailleurs probable qu’elle ne soupçonne même pas ce que j’ai éprouvé, ce que j’éprouve encore pour elle, et c’est tant mieux : je ne supporterais pas qu’elle quitte le cirque. Il est sûr en tout cas qu’à partir de son arrivée, j’ai regardé les années passées comme un brouillard velouté. Je m’étais réveillé avec une épouvantable migraine qui ne m’a pas quitté depuis dix ans : celle des lendemains de fête difficiles. Ma fête à moi avait duré vingt-cinq ans. »

Je vous souhaite à tou.te.s une merveilleuse découverte.

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