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Le cri de la carotte

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Le cri de la carotte

Le cri de la carotte

Un article co-écrit avec Cheyenne, une première pour notre site. Nous souhaitons donc la bienvenue à notre premier homme R. BEAVOR qui s’est prêté à l’exercice !

« élevage de ferme »/ « tué dignement »/ « la viande permet de ne pas être carencé »/ « ils sont nés pour ça »/ « c’est naturel »/ « élevage respectueux »/ « ouais mais c’est trop bon »/ un porc VS un cochon… un mélange d’euphémismes et de justifications que j’entends dans mon entourage, que je lis sur les étiquettes. En publicité, en « com' », on parle de greenwashing ou écoblanchiment. Mais dans le langage de tout.e un.e chacun.e alors ?

Nous sommes largement ignorant.e.s des torts que nous causons aux autres.

Tout comme nous sommes aussi très largement ignorant.e.s des bénéfices dont nous jouissons en tant que privilégié.e.s dans un système discriminant (ce n’est pas « ma faute » en tant qu’homme blanc d’avoir décroché cet emploi plutôt que cette femme, ou cet homme « de couleur », qui le mérite autant ou plus, mais je ne peux que reconnaitre que je suis avantagé sur cette personne dans la société dans laquelle nous vivons). Si une société est raciste/ sexiste/ homophobe/ spéciste (cas qui nous intéresse pour le présent article) etc…, en un mot, discriminante, elle confère par voie de conséquence des avantages à bon nombre de personnes, que ces dernières le veuillent ou non. Ça ne les rend pas pour autant de facto responsables de cette discrimination, ni du système discriminant (elles peuvent d’ailleurs s’affirmer contre ces discriminations voire lutter activement contre). Il ne leur est pas demandé de s’excuser d’être du côté des bénéficiaires d’un système discriminant/ dominant. (mais à minima d’en avoir conscience et si possible, d’agir en conséquence).


photo représentant un homme courant dans des billets de banque avec pour texte : Look at all the privileges I haven’t check

Pour aller plus loin dans le concept du corollaire de privilège attaché à une position dominante, je vous recommande cet article ou encore celui-ci qui sont bien documentés.

Ignorant.e.s, nous le sommes parfois volontairement : « je préfère ne pas y penser », « ouais enfin bon, après on ne fait plus rien » (à ranger dans la famille des « faut bien mourir de quelque chose » et « ouais mais si c’est bon ça peut pas faire de mal » qui sont des arguments tout aussi pertinents il me semble).

Ignorer volontairement le fait que je bénéficie d’une position privilégiée permet de mieux vivre l’inégalité dont souffre autrui et qui m’est favorable. Je réduis une potentielle dissonance cognitive.

L’argument pour moi le plus agaçant et stérile reste quand même le fameux « cri de la carotte » qui consiste à justifier une souffrance avérée, palpable, facilement vérifiable par soi-même, en la comparant à celle des végétaux, dans le but d’inverser la culpabilité ( » ha ouais tu m’accuses de tuer des animaux, mais toi tu tues des végétaux hein, tu crois qu’ils ont pas mal ? Qu’ils ont pas une famille ? »).

Photo représentant un homme avec le texte In my heart, I’m vegan, but in my mouth I lack discipline

Très bien. Faisons l’hypothèse que je fasse souffrir les végétaux en les mangeant :

En mangeant de la viande, combien de végétaux dois-je condamner pour faire grossir ce bœuf ? Pour engraisser cette poule ? Quelle surface de foret dois-je déforester pour la culture céréalière destinée à nourrir l’élevage et à le parquer ? Sans compter toute l’eau !

Il convient alors de rappeler le taux de conversion catastrophique de la plante à l’humain en passant par l’élevage, versus le taux de conversion plante directement à l’humain.

En outre, se nourrir d’animaux plutôt que de végétaux, c’est gaspiller et polluer l’eau.

Vous pouvez trouver ici quelques schémas explicatifs.

Alors, un régime végétalien, s’il consomme dans l’assiette plus de végétaux, en consomme beaucoup moins qu’un régime carné. C’est donc au final moins de souffrance (sur le plan purement quantitatif, mais également sur le plan qualitatif si on admet que la sentience distingue les animaux des plantes).

On ne peut pas affirmer (en l’état actuel de la connaissance) que les plantes, les végétaux et les champignons, ont un cerveau ou un système nerveux central qui leur permettraient d’avoir une forme de psychologie ou la capacité de ressentir le plaisir, la douleur. Ils ne sont pas classés dans les êtres sentients.

Et si l’absence de preuve n’est pas la preuve d’absence, il apparait évident qu’on ne peut se cacher derrière la souffrance d’un ensemble du règne vivant (végétal) pour justifier/légitimer la souffrance d’un autre pan du règne vivant (animal).

Peut-on vraiment se servir de l’argument de l’aspect naturel (par nature) du carnisme ?

Cela signifie qu’on se range derrière l’idée qu’un comportement naturel est moralement justifiable. On prône l’instinct, on se déculpabilise en renvoyant la responsabilité à son espèce, comme si cela nous empêchait alors toute réflexion. On se réfère à une nature que l’on aurait donc dès la naissance, génétiquement inscrite, refusant toute possibilité d’évolution. Cet argument implique donc que l’on puisse excuser tout comportement qui serait dû à une nature égoïste et agressive : on tue pour manger, on mange pour survivre.

Et on viole pour se reproduire : instinct personnel, hormonal,+ instinct de préservation de l’espèce.

Photo du dessin animé Bob l’éponge représenté en éponge préhistorique
Si la consommation de viande est naturelle, il faut alors par honnêteté et cohérence en avoir une consommation naturelle.

Et puisque certain.e.s porteur/ses de l’argument du « naturel » renvoient à la préhistoire pour illustrer leurs propos, nous rappelons qu’à cette époque, la façon naturelle de se procurer de la viande était de chasser en groupe. Avec des cailloux et des bâtons, et beaucoup de déplacements, marche, course à pieds, mais également consommer une viande naturelle. Les conditions industrielles d’élevage ne produisent en rien des animaux naturels, qui ne sont considérés que comme des machines, unités de production, servant à convertir de la protéine végétale en protéine animale. Enfin, les espèces majoritairement élevées pour leur viande, telles que les bœufs/vaches, volailles, porcs, ne sont pas des espèces « naturelles » -présentent naturellement dans la nature- mais créées par la main humaine, au fil de sélections et croisements.

Par conséquent, si on s’attache à consommer des protéines animales car on trouve cela « naturel », il conviendrait alors de refuser la quasi intégralité des produits vendus aujourd’hui, fruits d’un élevage et d’une pêche intensifs et industrialisés, dont rien ou presque n’est naturel (nourriture, environnement et conditions de vie, mise à mort, transformation, etc.).

Peut-on honnêtement affirmer que l’on mange de la viande pour survivre ?

Je ne vais pas faire une démonstration scientifique ou culinaire (mais parce que je suis sympa vous pouvez lire ça par exemple. Ou bien ça qui explique carrément pourquoi manger moins de viande permet de réduire les risques de plein de maladies, mais c’est en anglais. Puis y’a ), mais on peut tout à fait survivre sans consommer d’animaux (…dans un pays « développé »/occidental comme la France. Car non, la question n’est pas de faire abandonner le poisson au peuple inuit, ni de convertir au tofu et à la salade les quelques tribus « primitives » qui chassent encore à l’épuisement.)

Photo des humoristes Les inconnus dans leur sketch sur la galinette cendrée

Consommer de la viande animale pour les occidentaux que nous sommes est donc un choix, et quand on a le luxe d’avoir le choix, on peut quand même essayer de prendre du recul et réfléchir à ce qui nous pousse à ce choix.

« Oui mais alors si on arrête d’élever des animaux domestiques, ils vont disparaître »

Pas totalement faux, mais pas vrai non plus.

Il est triste de constater que le discours concernant les animaux est très souvent dichotomique. Les animaux domestiques actuels sont élevés pour être consommés (ou pour être utilisés à la consommation, en prenant leur lait par exemple, leurs œufs, leur miel, leur peau, etc.). Le nombre d’animaux élevés et abattus chaque jour est très important (et nous ne parlons pas ici des animaux péchés). Il est évident que réduire notre consommation de leur chair conduirait à réduire le nombre de naissances, c’est mathématique.

Si l’on va carrément à l’extrême (abolition de l’exploitation des animaux), alors la question de l’extinction de certaines espèces se pose.

Cela n’est pas faisable du jour au lendemain, il s’agirait de prendre soin de ceux que l’on a amené à la vie, et de cesser les nouvelles naissances. Ces animaux (vaches, cochons, poules), dans leur état actuel, ont été façonnés par l’homme et ne sont effectivement pas autonomes dans la nature (je n’ai pas de preuve scientifique, mais j’imagine que c’est le cas en général, tout comme un humain non-préparé livré à lui-même du jour au lendemain dans la forêt n’a pas forcément les ressources pour s’en sortir longtemps). Leur extinction est donc une possibilité si nous cessons de les exploiter.

Mais rien n’oblige à être aussi extrêmes, et il est possible de réfléchir à des modèles alternatifs de conduites éthiques et écologiques qui permettraient une coexistence respectueuse (pas la peine de me sortir l’argument ringard du « monde des bisounours », qui est à classer dans la famille des arguments à la c.).


Et quand bien même ces espèces s’éteindraient… and so what?!

Pour rebondir sur cette notion de disparition d’espèces, je remarque que le carniste est, semblerait-il, sensible à la disparition des espèces domestiques, mais très rarement sensible à l’extinction massive de l’Holocène, pourtant bien plus dommageable pour notre environnement, qui même du point de vue anthropocentrique, mériterait qu’on s’en inquiète. « Plusieurs biologistes pensent que nous sommes à l’heure actuelle au début d’une extinction massive anthropogénique qui s’accélère de manière terrifiante. Edward Osborne Wilson de Harvard, dans The Future of Life (2002), estime qu’au rythme actuel de la perturbation humaine de la biosphère, la moitié de toutes les espèces vivantes aura disparu d’ici 100 ans » (source)

Quelques chiffres et données pour bien saisir l’ampleur de la catastrophe en cours, et donc du décalage de l’argument de l’extinction des espèces domestiques :
1. – Une espèce animale ou de plante disparaît toutes les 20 minutes soit 26280 espèces disparues chaque année. Près d’un quart des espèces animales et végétales pourrait disparaître d’ici le milieu du siècle en raison des activités humaines.
(source : http://www.planetoscope.com/biodiversite/126-disparition-d-especes-dans-le-monde.html)

2. – En octobre 2016, le Fonds mondial pour la nature (en anglais WWF : World Wide Fund) dans son rapport Planète vivante 2016 indique entre 1970 et 2012 une « réduction de 58 % de l’abondance des populations de vertébrés » et un « déclin moyen annuel de 2 % ne montrant aucun signe de ralentissement de cette dynamique. »
3. – Peter Raven, ancien président de l’Association américaine pour l’avancement des sciences, déclare dans l’avant-propos de leur publication AAAS Atlas of Population and Environment : « Nous avons multiplié la valeur du taux d’extinctions biologiques, à savoir la perte définitive des espèces, de plusieurs centaines par rapport à celle qu’il avait à ses niveaux historiques, et sommes menacés par la perte de la majorité des espèces d’ici la fin du XXIe siècle» L’extinction massive actuelle est entièrement due à l’activité humaine, ce qui inclut la déforestation, la destruction des autres habitats, la chasse, le braconnage, l’introduction d’espèces non-locales, la pollution et le changement climatique.
4. – Deux auteurs estiment le taux d’extinction des espèces de 100 à 1 000 fois plus important que le taux d’extinction de « base » ou moyen à l’échelle de l’évolution de la planète; cette vitesse actuelle d’extinction serait selon eux 10 à 100 fois plus grande que pendant n’importe laquelle des extinctions massives de l’histoire de la Terre. D’autre part, elle concernerait beaucoup d’essences végétales ce qui la distinguerait des extinctions précédentes.
La vitesse des extinctions est minimisée, dans l’imagination populaire, à cause de la survivance des populations de trophées captifs des animaux, mais qui ont tout simplement « disparu de la faune sauvage » (cerf du père David, etc.), par les survivances marginales de la mégafaune dont on fait une grande publicité dans les médias, mais qui sont « écologiquement éteints » (rhinocéros de Sumatra) et par l’ignorance totale que l’on a (généralement) des extinctions chez les arthropodes.

Des sources !

Enfin, il peut être intéressant de constater, ou du moins s’interroger, sur la part de responsabilité de la consommation de produits animaux sur cette extinction de masse.

En très raccourci, go vegan => extinction de quelques espèces domestiques => survie de milliers d’espèces sauvages…

 

Et vous, vous en pensez quoi du cri de la carotte ?

 

Pour aller plus loin :

quelques articles sur l’extinction du vivant (et de l’espèce humaine, d’ici moins de 100 ans selon des prévisions réalistes):
http://www.lemonde.fr/planete/article/2015/06/20/la-sixieme-extinction-animale-de-masse-est-en-cours_4658330_3244.html
https://www.sciencesetavenir.fr/animaux/diaporama-nous-sommes-bien-en-train-de-vivre-une-nouvelle-extinction-de-masse_100915
https://www.notre-planete.info/actualites/actu_2447_extinction_espece_humaine.php
https://www.notre-planete.info/environnement/biodiversite/extinctions_massives.php

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