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Passengers, ou la régression made in Hollywood

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Passengers, ou la régression made in Hollywood

Passengers, ou la régression made in Hollywood

J’ai toujours eu l’impression que Jennifer Lawrence était plutôt féministe sur les bords. Non parce qu’elle joue une femme super forte physiquement et psychologiquement dans Hunger Games, mais aussi car elle l’a elle même affirmé plusieurs fois, elle est pour l’égalité de salaires (entre autres).

Elle soutient aussi Planned Parenthood, un des principaux regroupements de planification familiale aux USA qui milite en faveur de l’éducation sexuelle, et plein d’autres causes dont le pro-choix (pour le contrôle par les femmes de leur grossesse ou leur fertilité).

D’où le fait que j’ai trouvé étrange, vraiment étrange, qu’elle accepte son rôle dans Passengers, femme objet-femme faible – femme idiote et pas du tout capable de se débrouiller sans Chris Pratt. Et quel homme.

 

Je vous préviens dès à présent, je vais ruiner l’intrigue et spoiler complètement, alors pour celles et ceux qui ne l’ont pas vu mais veulent quand même lui donner une chance, passez votre chemin.

 

Le plus gros stalker de l’histoire de l’humanité (du film du moins)

Chris Pratt jour le rôle de Jim Preston, un type qui a embarqué avec 5000 autres personnes dans un vaisseau pour voyager vers un nouveau monde. Leur voyage est supposé durer 90 ans 120 ans, pendant lesquels l’équipage et tous les passagers sont plongés dans un sommeil profond. Lorsqu’un astéroïde touche le vaisseau, l’appareil qui maintient Jim inconscient dysfonctionne, s’ouvre et le réveille. Il se retrouve donc seul éveillé dans le vaisseau, et condamné à vivre et surtout mourir à l’intérieur sans plus jamais revoir le jour. Impossible pour lui de contacter la terre ou de réveiller l’équipage qui est protégé par une porte blindée (d’ailleurs pourquoi ? On ne le saura jamais vraiment). Sa seule distraction est un androïde barman qui discute avec lui et lui sert à boire. Un an s’écoule durant lequel Jim fait du sport, boit, mange, connaît maintenant tous les recoins du vaisseau, et créé une réelle obsession sur une jeune femme, Jennifer Lawrence, qui est Aurora. Il consulte régulièrement sa vidéo de profil, présentation qu’elle a enregistrée expliquant pourquoi elle a décidé de faire ce voyage, racontant un peu sa vie d’avant et ses rêves. Il tombe « amoureux » d’elle, je le mets entre guillemets car il tombe surtout amoureux de son idéalisation, du fantasme qu’il a d’elle, de son image avant tout autre chose.

Puis vient le moment où pour moi le film a basculé du côté pervers dégueulasse bizarre obscure. Jim, qui n’est personne pour cette jeune femme qui ne lui a rien demandé et ne lui aurait certainement jamais adressé la parole dans la vraie vie, décide de la réveiller. Donc de la condamner avec lui. Égoïste ? Pervers ? Je dis oui ! Ce qui lui est arrivé n’est vraiment pas cool, il est seul, il s’ennuie, il est condamné, il a certainement aussi un peu envie de faire crac-crac. Mais est-ce une raison pour décider de stopper la vie de quelqu’un d’autre ? C’est son désir, son envie VERSUS la vie d’une femme. Oui parce que, sérieusement, Jim aurait quand même pu réveiller un gars ultra baraqué pour essayer d’ouvrir la porte de l’équipage, réveiller tout le monde et trouver une solution. Ou un.e as de l’informatique pour l’aider à refaire marcher leurs capsules et se rendormir. Étant donné qu’il pouvait consulter chaque profil vidéo de chaque passager, il aurait pu faire rapidement un tri et choisir n’importe qui d’autre qu’Aurora. Mais non, plutôt que de réfléchir au loin, je pense que Jim est un peu obnubilé par ses hormones qui parlent pour lui. Il commet clairement un meurtre.

Bien évidemment il réveille Aurora, mais ne lui dit pas que c’est volontaire ! Il feint un dysfonctionnement et lui raconte donc son histoire. Elle se retrouve coincée avec lui, elle aussi vouée à mourir dans le vaisseau. Sauf que, la pauvre ne sait pas qu’elle est simplement prisonnière d’un psychopathe qui a décidé pour elle, juste à cause de sa « belle gueule » qu’elle allait périr avec lui. Jim fait tout pour lui plaire, et j’ai envie de dire c’est quasi fatalement qu’ils se mettent ensemble. Leur couple va bien, ils trouvent chacun leurs marques même si tout est bâti sur le plus gros mensonge de l’histoire de leur univers.

Jim compte même demander à Aurora sa main, lorsque, le même soir, l’androïde fait une boulette : « Jim s’est longtemps demandé s’il devait vous réveiller ou non » (ou quelque chose comme ça). Oops.

Je t’aime quand même (si si c’est possible)

Lorsqu’elle découvre la vérité, Aurora va clairement péter une durite. Elle va se sentir trahie, volée, violée, prisonnière, condamnée… La base. Jim veut lui parler, mais elle n’en a pas envie. Sauf que Jim n’est pas d’accord avec ça, il va donc la forcer à écouter ce qu’il a à dire en parlant directement dans un des micros du vaisseau qui diffuse partout. Sympa Jimmy.

On s’habitue ensuite à les voir s’éviter, ils ne s’adressent plus la parole et se croisent très peu. Et là, on ne sait pas pourquoi, une des capsules de l’équipage s’ouvre. Un des pilotes (je crois) se réveille donc. Et là à la surprise de tout le monde, au lieu de réveiller tout l’équipage pour trouver une solution, personne n’y pense. WTF !!!

Le pilote découvre que Jim a réveillé volontairement Aurora, et honnêtement, ça ne lui fait ni chaud ni froid. Il le sermonne rapidement : « ce n’est pas très bien ce que tu as fait dis-donc ! » et on passe à autre chose. Attention GROS RACCOURCI : le pilote, le psychopathe et la pauvre fille vont dans une infirmerie du vaisseau, on se rend compte que le pilote est très malade grâce à une machine à la technologie extrêmement avancée qui diagnostique et soigne en direct les gens à l’intérieur. Malgré cette machine ultra développée, il meurt, et juste avant de fermer les yeux il donne à Jim (certainement parce qu’il a un pénis) sa carte pour prendre les commandes du vaisseau.

Entre temps Aurora et Jim se reparlent (syndrome de Stockholm qui pointe son nez ?) et se rendent compte que le vaisseau surchauffe, et qu’il faut absolument éteindre un feu qui se propage dans le mécanisme (franchement, au nom du monde entier : LOL).

À ce moment-là, on a une des phrases les plus connes du film prononcées par Jennifer : « Mais qu’est-ce qu’on va faire, Jim ? ». La fille qui est trop stupide pour comprendre qu’il y a du feu et qu’il faut l’éteindre sinon le vaisseau va s’écraser et ils vont tous mourir plus vite que prévu. Ce n’est pas évident vous me direz. Bref, on se doute que Jim va aller éteindre le feu, d’ailleurs scène très imagée, il prend une porte (= bouclier) et une barre en métal un tournevis (= épée) et là… TADAMMMMM ! Nous avons un beau preux chevalier !

Jim réussit à éteindre le feu (bah oui), mais il se perd dans l’espace… et Aurora le sauve (POURQUOI ????). Elle le ressuscite à l’aide de la super machine de l’infirmerie. Je fais de gros raccourcis mais ça ne m’a pas vraiment marqué plus que ça… Jim lui propose ensuite de l’endormir grâce à cette machine pour qu’elle puisse se réveiller en même temps que tout le monde, dans 90 ans. QUELLE GÉNÉROSITÉ JIM, BRAVO.

Alors qu’elle est journaliste et qu’elle a un grand avenir devant elle car elle serait la première humaine à documenter son voyage à la découverte d’un nouveau monde, Aurora décide de tout plaquer et de rester finir sa vie aux côtés de son loser de psychopathe de mec. Ils se remettent ensemble et à la fin du film, tout le vaisseau se réveille (ils trouvent certainement leur dépouille mais on ne nous le montre pas, ce serait berk), ils découvrent de la végétation et plein de messages laissés par les amoureux de l’espace. FIN.

 

Pourquoi c’est complètement CREEPY

Un blockbuster est quand même supposé avoir une lovestory qui finit bien… Mais il y a des limites. Pourquoi Jim ne réalise pas qu’il tient Aurora complètement captive, qu’il lui vole sa vie, lui vole ses rêves, son avenir ? Tout ça sous prétexte qu’il se sentait seul…

Je ne comprends pas non plus, comment Aurora, et si vraiment c’est possible, a pu lui pardonner. Et décider de se sacrifier avec lui, malgré son acte terrible. Le film raccourcit les femmes à celles qui ont toujours besoin d’être sauvées, et ce, même si leur futur est complètement incertain, voire désagréable, voire horrible (le couloir de la mort quand même). Elles ne peuvent pas créer leur avenir elles-mêmes, et ne sont surtout incapables de rester, et s’assumer SEULES. Elles sont prêtes à tomber amoureuses de leurs oppresseurs. Comment on peut écrire un scénario comme ça aujourd’hui ? Et comment peut-on accepter de jouer ces rôles ? Je pose autant la question à Lawrence qu’à Pratt !

Je vais vous citer quelques critiques du film qui résument bien le fond de ma pensée :

  • The Guardian a écrit en parlant de Chris Pratt : « He is still the perv who practically frotteured himself against a woman’s sleep pod before stealing her life to be his chosen playmate. »  (« Il n’est qu’un pervers qui s’est pratiquement frotté à la capsule de sommeil de cette femme avant de sacrifier sa vie ca il l’a choisie »)
  • Matt Prigge, critique de Metro a dit que Passenger était « one sick male fantasy — essentially a tale of rape in which the victim learns to love her rapist…in space, no one can hear you » (« le fantasme d’un malade – qui réside à conter l’histoire d’un viol où la victime apprend à aimer son violeur… dans l’espace personne ne vous entend »
  • Glenn Kenny, critique pour RogerEbert.com traite le film de « spectacularly sexist » (pas besoin de traduire…).

Et j’en passe… J’ai rarement été témoin d’un tel sexisme dans un film de 2016 – il y en a toujours quand on cherche bien… mais comme ça ?! C’est impardonnable pour Hollywood, ce film (qui avait un énorme potentiel) mise en avant comme un film Sci-Fi, ou parfois même romance dans l’espace, je reste persuadée qu’il est à mettre dans la catégorie thriller (en modifiant la fin) voire film d’horreur.

J’espère ne pas vous avoir dissuadé.e.s de le voir, car je pense qu’il mérite quand même qu’on y jette un œil pour réaliser à quel point les scénaristes ont un soucis.

Sur ce, je m’en vais brûler ma télé, à bientôt.

 

 

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