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Ross, ce Nice Guy

Ross, ce Nice Guy

J’ai toujours été très fan de Friends. J’ai regardé cette série quasiment toute ma vie, lorsque j’étais plus jeune et que ça passait à la télé chaque soir sur France 2 en VF, et par la suite, toujours en VO. Je ne vais pas me lancer sur une critique du doublage français, je ferai certainement ça plus tard pour un autre article.

C’était LA sitcom des années 90, sympa, qui détend et qui fait oublier sa journée. Pendant 10 saisons Monica, Rachel et Phoebe, Ross, Chandler et Joey nous ont fait rire (smelly cat, smelly cat) nous ont fait rêver (un loft à New York que 2 filles qui ne bossent pas peuvent payer, bah quoi ?) et nous ont fait chanter (I’ll be there for youuuuuu). Leurs personnages sont attachants, leur amitié nous a donné envie (même si …qui rêve vraiment que tout son groupe de pote soit là dès le réveil en semaine ? Ou entre chez soi sans même frapper à la porte en plein milieu de la journée ?), et leurs jours entiers passés au Central Perk nous ont appris à aimer le café.

Mais entre ma vision de gamine qui regardait sa sitcom en rentrant du collège et celle d’aujourd’hui me repassant les épisodes un par un sur Netflix, il y a un énorme décalage. Et c’est un euphémisme. Malheureuse de constater que cette série est remplie d’homophobie, de transphobie, de sexisme, de misogynie (mais également de misogynie internalisée), de masculinité toxique… j’ai d’autant plus passé mes heures de revisionnage à décortiquer les énormités qui s’y sont glissées. Pour cet article, je vais m’attarder sur la famille Geller, et Ross en particulier. Ils ont en effet une des dynamiques les plus dérangeantes (selon moi) de la série. Effectivement il y aurait beaucoup à dire sur Chandler qui a un père transgenre et qui s’en sert pour faire des blagues, ou encore Joey qui a vécu comme le parrain au milieu d’une famille italienne de 7 sœurs, une maman et une grand-mère poule, et qui est le « tombeur du groupe » (= le mec ultra graveleux qui fait du harcèlement de rue à tout va), mais je vais vraiment m’arrêter sur celui qui me gêne le plus et qui a LE comportement qui me met hors de moi. Attention spoil de chez spoil.

 

Des relations complexes

Pour résumer grossièrement, Monica Geller est le lien entre tous les personnages ou presque. Monica habite dans un grand appartement à New York et rêve de devenir Cheffe en cuisine. Anciennement obèse, elle est aujourd’hui fière de son physique filiforme et se prive pour pouvoir le garder. Monica est une fille de caractère, qui ne supporte pas la critique et qui est très maniaque. Son grand frère Ross Geller vient de divorcer : sa femme l’a quitté pour une autre femme, et elle lui annonce qu’il va devenir papa. Il n’arrive pas à accepter qu’il se soit fait quitter pour une personne du sexe faible, ça le gêne au plus haut point dans sa virilité, ça trouble sa masculinité.

De peur de décevoir ses parents, Ross va mettre du temps à leur avouer tous ces changements. Très rapidement, nous pouvons nous apercevoir du favoritisme masculin chez les Geller. La mère de Monica passe son temps à la rabaisser et la comparer à son frère qui représente pour tout leur foyer la réussite : études, carrière professionnelle prometteuse et mariage pour Ross VS obésité, manque de féminité, célibat et précarité de l’emploi pour Monica. Si la mère Geller est toxique pour sa fille, cette dernière ne cesse pas pour autant de la fréquenter, même si elle a bien du mal à lui exprimer son mal être, et lui pardonne toujours, comme si c’était chez elle un automatisme. Monica ne fera jamais assez aux yeux de sa mère et passera 10 saisons en quête d’une perfection qu’elle n’atteindra pas réellement.

Revenons à Ross. C’est un Nice Guy : un gars qui est persuadé que les relations hommes-femmes sont basées sur le principe simple que « je suis gentil avec toi, tu me dois du sexe *happy emoticon* », et qui est également convaincu que toutes les femmes sont en orbite autour de lui, ergo, lui appartiennent. Ross Geller pourrait être attachant pourtant :  c’est un geek, maladroit mais drôle, passionné de dinosaures et de sciences, il est amoureux de Rachel Green, meilleure amie de Monica depuis son adolescence. Mais comme c’est un Nice Guy, il ne va jamais oser lui avouer qu’elle lui plaît. Enfin si. Une fois. Dès sa première apparition dans la série, Rachel arrive en robe de mariée et explique qu’elle s’est enfuie de sa propre cérémonie car impossible pour elle de passer le reste de sa vie avec un homme dont elle n’est pas amoureuse (You go girl !). Le soir même, Ross lui demande si ça lui dirait d’aller boire un verre avec lui. Un peu glauque et déplacé, mais bon, on ne juge pas, en plus elle lui dit oui. Sauf qu’après ça, silence radio pendant une saison. Une saison entière de plaintes, de lamentations, de pleurnicheries et de comportements assez graves (même de la part de Ross !) : cacher les messages téléphoniques que Rachel reçoit de ses possibles prétendants, la mansplainer en lui expliquant ce qu’elle devrait faire et comment elle devrait agir avec ses boyfriends, etc, etc.

Au passage, on apprendra plus tard dans la série que comme Rachel n’a pas su lire dans ses pensées lorsqu’ils étaient ado, il a décidé de créer un club « Anti Rachel » et de lancer une rumeur sur elle. Tout son lycée pensait qu’elle était hermaphrodite à cause de lui. Sympathique non ?

 

When a fire starts to burn

C’est lorsqu’ils se mettent ensemble que tout bascule dans la conduite de Ross. En plus de  son comportement global ultra lourd au quotidien, il la mansplain à haut niveau : il lui explique dans un épisode où ils vont vivre et comment ils vont appeler leurs enfants. Comme si ça ne suffisait pas, Ross sait aussi nous dire ce avec quoi les garçons doivent jouer ou pas : il fait une crise pendant car Ben, son fils de 2 ans, joue avec une Barbie. « Quoi ??? Une Barbie ? Rose ? C’est pas pour les garçons ça ! Prends donc un Action Man ! ». Ross inculque la binarité de genre à son fils dès son plus jeune âge, alors qu’il n’est d’ailleurs pas la représentation type de la « virilité imagée » lui-même. On apprendra même que, petit, il s’habillait de robes et se faisait appeler « Bee », chose qu’il n’assume évidemment pas du tout. Il est également capable de taper une nouvelle crise de nerfs lorsqu’il s’agit d’embaucher un homme pour s’occuper de son enfant, jusqu’à le faire renvoyer pour le simple motif que ce n’est pas, selon lui, un travail masculin. Bravo encore une fois Ross, tu as tout à fait raison, un homme ne peut pas s’occuper des enfants, et une femme ne peut pas réparer une voiture. Chacun son métier.

En parlant de métier, ayant dit plus tôt à Rachel que ce n’était « qu’une serveuse », lorsque cette dernière trouve enfin sa voie dans le monde de la mode et trouve un poste à la hauteur de ses ambitions grâce à un certain dénommé Mark, Ross perd totalement pied. Il passe son temps à la soupçonner de le tromper avec Mark, s’invite sur son lieu de travail sans prévenir, envoie des tonnes de fleurs pour marquer son territoire, et rabaisse son métier par rapport au sien :

« How many people would go see a movie called ‘Jurassic Parka’ ? » (combien de gens iraient au cinéma regarder un film appelé ‘Jurassic Parka’ ?)

Et lorsque Rachel a le malheur de faire des heures sup le soir de leur anniversaire, Ross enclenche une nouvelle vitesse. Éclate alors une grosse dispute que Rachel ponctue en disant qu’ils devraient peut-être faire une pause. Ross claque la porte et part, ce soir-là, tout va changer pour eux jusqu’à la fin de la série.

 

L’invasion Ross

Rachel apprend que Ross l’a trompé, et ne veut pas lui pardonner. Un épisode horrible qui termine par une scène très gênante dans laquelle Ross force Rachel à l’embrasser, il la touche alors qu’elle ne veut pas, il est presque prêt à commettre le pire, enfin c’est ce que je ressens à chaque fois que je vois cet épisode, ça me met incroyablement mal à l’aise. Je vous laisse juger :

Après l’avoir accusé d’être la personne qui a voulu le break, Ross envahit son espace. Le langage corporel de Rachel est pourtant clair : elle se décale, s’enfonce dans le canapé, elle ne veut pas de ça, pas qu’il la touche et certainement pas l’embrasser. Elle lui demande de partir. Je ne sais pas en quelle langue il faudrait le lui dire, mais Ross prend clairement cette demande pour un « rapproche-toi de moi, envahis à nouveau mon espace et touche-moi sans mon consentement ». Rachel se débat pourtant, elle lui enlève sa main mais il la reprend, et la serre contre lui. À la fin de la séquence, Ross n’est toujours pas parti et l’épisode est clos par un plan d’ensemble où Ross se tient devant Rachel, toujours pas décidé à la laisser tranquille.

Suite à cet awkward moment, Ross va passer son temps à expliquer à Rachel ce qu’elle ne comprend pas (bah oui c’est une fille !) et en hurlant parfois. WE WERE ON A BREAK (nous étions en pause). Expression qui va devenir une blague (pas très marrante d’ailleurs) et il va se servir de cette phrase de manière récurrente pour se décharger en permanence de sa responsabilité dans leur rupture.

 

Au fil des saisons, son comportement ne va pas s’améliorer, lorsque Rachel va à nouveau flirter ou avoir des rencards, Ross va en permanence essayer de la court-circuiter ; il va remettre le coup des messages téléphoniques cachés, du mansplain dans toute sa splendeur et de la jalousie maladive (n’oubliez pas qu’elle lui appartient). Il va également ne pas se gêner pour la mettre mal à l’aise en lui disant qu’il l’imagine nue quand il veut. Enfin bref, l’ex parfait. Sans compter ses autres petits défauts au delà de leur dynamique d’ex partenaires, Ross adore objectifier les femmes. Celle avec qui il trompe Rachel va s’appeler pour lui « la fille hot qui fait des photocopies » (the hot girl from the Xerox place), et lorsqu’il parle d’elle pour la première fois, celle qui s’appelle Chloé soit dit en passant (oui, elle a un prénom), c’est lors d’un épisode où la femme-objet est particulièrement présente. Dans cet épisode Ross avoue à Rachel que son fantasme est qu’elle se déguise en Princesse Leia avec son bikini doré. On a tous des fantasmes, certes, mais on aurait quand même trouvé ça plus classe que celui de Ross n’ait pas été celui d’une femme enchaînée par le cou et gardée captive par Jabba le Hutt.

Bien évidemment, pour remettre une couche de la théorie du « Nice Guy Always Wins », la prod a choisi de nous lâcher avec une Rachel qui tire un trait sur une promotion de carrière à Paris pour Louis Vuitton, pour rester avec Ross à New York, et garder son boulot, duquel elle se plaignait d’avoir fait le tour. Et ils vécurent heureux, dans la joie du sexisme et de la misogynie.

 

Pour conclure…

Je pourrais encore parler de Ross pendant des pages et des pages, car il n’y a pas un épisode où il est irréprochable. Il s’agit quand même d’une série, que tout le monde regardait, diffusée à une heure de forte audience, qui est dans les mœurs et dans les cœurs de la génération 90. Ce qui nous éclate à la figure aujourd’hui, c’est que ce comportement était considéré comme « normal » voire « drôle ».  Ce n’est ni normal ni drôle. La production a façonné le personnage de Ross selon des construits sociaux qui, selon eux, représentent l’homme pour ce qu’il est : virile, macho, supérieur, blanc et cis-genreJuste avec cette ébauche, nous savons rapidement qui s’adresse à nous… À une époque où les réseaux sociaux n’existaient pas encore, il était coutume de trouver ces stéréotypes marrants et de ne pas se plaindre ni exprimer sa souffrance ou son ras-le-bol haut et fort. De nos jours, je pense qu’une série où les personnages ressembleraient ne serait-ce qu’un peu à ceux de Friends et plus précisément à Ross, créerait de grands mouvements de protestation. Ross reste l’archétype parfait de celui qui ne comprend pas quand on lui dit non, celui qui sait qu’il est supérieur aux femmes, celui qui leur explique ce qu’il faut qu’elles fassent. On a tou.s.tes un Ross dans notre entourage, moi en tout cas j’en connais pas mal. Ne les laissez pas prendre toute la place.

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