Les Animales

Un principe de cohérence

Réflexion

Un principe de cohérence

Un principe de cohérence

Au cours de repas, lorsque l’on annonce que l’on est végétarien.ne, on peut assister à différentes réactions. Je n’aime pas trop employer le mot « végétarien » en fait, car souvent les gens ont leur propre idée du végétarisme (j’ai remarqué, souvent fausse, clichée, et/ou orthodoxe ). De plus, les raisons qui m’ont poussé à cesser mon alimentation omnivore ne sont pas forcément les mêmes qu’une autre personne végétarienne. Ainsi, je préfère dire que je ne mange pas d’animaux (et oui, les poissons sont aussi des animaux, et non le gluten n’est pas un animal). J’expliquerai peut être plus tard les raisons qui m’ont poussée à changer progressivement mon alimentation. Mais ce n’est pas l’objet de cet article. J’ai choisi de l’introduire ainsi pour répondre à la question « pourquoi ne manges-tu pas d’animaux ? ».

On peut se poser la question de ce qui définit le droit de vie et de mort sur autrui. En philosophie animale, cette question vient soulever plusieurs aspects. Pourquoi pourrait-on faire mourir un animal plus qu’un autre ? En quoi l’humain est-il un animal supérieur aux autres, sur quoi se basent les personnes qui affirment de telles choses ?

Cet article s’appuie essentiellement sur le travail de Tom Regan, professeur de philosophie (Caroline du Nord), ainsi que sur des expériences, réflexions personnelles. Il s’agit donc d’un avis, avec lequel on peut être d’accord ou non, à vous de juger.

Cadre théorique

Il convient de s’interroger en premier lieu sur ce qu’est une personne.

D’après le Larousse, une personne se définit ainsi :

  • Être humain, sans distinction de sexe : Il y avait quinze personnes à table.
  • Individu considéré en lui-même : Le respect va parfois à la fonction plus qu’à la personne.
  • Avec le possessif, indique l’individu considéré en tant qu’être particulier, physique et moral : Il est satisfait de sa personne.
  • L’individu en tant qu’exerçant une fonction : La personne du pape.

Hmm, voilà qui ne nous renseigne pas spécifiquement. Afin de pouvoir réfléchir à la question, Regan part de ce postulat : une personne possèderait certaines capacités qui la définissent de façon descriptive et d’autres de façon normative. Il parle de capacités incarnées (IC), il s’agit de :  la conscience sensitive (je sais que je ressens), la sensibilité (plaisir/douleur), les aptitudes communicatives, les désirs, les émotions, les croyances, les préférences, la mémoire du passé, les attentes touchant l’avenir (pouvoir faire des projets), l’intentionnalité, la raison, la conscience de soi (allons plus loin : la conscience d’être au monde, d’avoir existé et de normalement continuer à exister) et l’autonomie morale (réfléchir au bien/mal, décider en fonction de choix).

Les personnes incarnées (entendre par-là les personnes en chair et en os) ont ce que Regan appelle un bien-être expérientiel (sentiment de satisfaction, gratitude, etc.).  L’autonomie morale leur permet d’être tenus responsables de leurs actes.

Une personne serait donc un individu qui satisfait les critères IC, et un individu ne répondant pas à ces critères, n’en serait pas une, si l’on suit la logique.

Les personnes auraient des droits, des devoirs ou les deux envers elles-mêmes (personne morale).

Les personnes ont des droits moraux, dont le droit de vivre et le droit à l’intégrité corporelle. En d’autres termes : la loi interdit de faire du mal délibérément à son voisin, quels que soient les motifs invoqués (sauf en cas de légitime défense, ce qui n’autorise tout de même de donner la mort à son agresseur). Nous possédons donc ce que l’on peut appeler des droits moraux négatifs. Ce qui signifie qu’autrui n’a pas la liberté morale de me causer des dommages, de m’ôter la vie, ou de porter atteinte à mon corps comme cela lui chante. Mais cela inclus aussi le fait qu’autrui n’a pas le liberté d’interférer avec mon libre arbitre, de limiter mes choix. Pour autant, la loi du Talion n’est pas celle qui régit notre société occidentale.

Le point de vue kantien :

Emmanuel Kant a émit l’idée (dans ses Leçons d’éthique) de la dignité humaine : les humains auraient une valeur, une dignité, qui les différencieraient des choses. Il semblerait qu’en tant que personne, nous existions comme fins en soi et que le reste de la nature serait un moyen pour nos fins. Nous serions donc les seuls à bénéficier de droit moraux fondamentaux. Nous serions les seuls à pouvoir choisir de ne pas agir par nos pulsions, nos instincts, nos tendances naturelles. Par exemple : il reste un seul gâteau dans l’assiette et nous sommes deux. Je peux choisir de me priver alors que j’ai envie de ce gâteau, afin que la personne qui est avec moi puisse le déguster. Il semblerait qu’un animal se jetterait sur le gâteau le plus rapidement possible (et l’expérience de vie avec « mon » chien me fait dire que je suis plutôt d’accord avec cette démonstration simpliste).

Pour Kant, un animal n’est en ce sens pas une personne. Il est plutôt une chose, un moyen qui existerait pour servir une fin, l’humain. Kant ne dit pas que seuls les être humains sont des personnes, il dit que seuls les être humains ont des droits moraux fondamentaux, ils appartiennent à un rang spécial de valeur.

Un être rationnel

Commençons par ce que nous dit le Larousse concernant le mot rationnel :

  • Propre à la raison : Principes rationnels.

  • Qui est conforme à la raison, repose sur une bonne méthode : Organisation rationnelle du travail.

  • Qui paraît logique, raisonnable, conforme au bon sens ; qui raisonne avec justesse : Un esprit rationnel.

Bon. Sans entrer dans les détails, j’ai déjà entendu parler sur mon lieu de travail et dans ma vie personnelle, d’un soi-disant « âge de raison ». C’est apparemment le moment où l’on considère qu’un enfant peut raisonner par lui-même, quand il peut réfléchir aux conséquences de ses actes, quand il peut se raisonner. Il devient raisonnable !

Il est vrai qu’avant un certain âge, une certaine expérience, une certaine acquisition de maturité, un petit humain n’est pas autonome moralement. Je ne définirais pas d’âge particulier pour la bonne et simple raison que j’estime que l’on ne fonctionne pas par pallier et que l’on peut acquérir certaines réflexions, certains reculs, de façon différée.

Ainsi, il semblerait que les êtres rationnels soient des humains. Cela signifie-t-il que tous les êtres humains sont des êtres rationnels ?

Autonomie morale

Les enfants d’un certain âge, certaines personnes handicapées psychiques, certaines personnes âgées atteintes de sénilité ou autres maladies dégénératives, n’appartiennent pas/plus au groupe des « êtres rationnels ». Si l’on suit la proposition ces individus ne détenant pas les critères IC, ils ne sont pas des personnes. Pourtant, on ne parle pas d’eux en tant que chose, mais bien en tant que personne. Il peut même paraître choquant d’hésiter à employer le mot personne. Ils sont, cela dit, défaillants à la capacité d’autonomie morale.

Mais ces personnes possèdent tout un tas d’autres capacités. Elles ont (pour la plupart) une conscience sensitive, une sensibilité, des aptitudes communicatives, des émotions, parfois une mémoire, même si pas toujours très performante. Et donc, les « autres » ont la capacité de les faire souffrir, de les rendre heureux, d’agir sur eux d’un point de vue émotionnel et sensitif. Moralement, et légalement, il est interdit de leur nuire, de leur faire du mal, en dépit de leur capacité de compréhension de nos actions, agissements. En revanche, si nous autres, autonomes moralement, pouvons dire que nous avons des devoirs moraux envers eux, on ne peut pas dire que la réciproque soit vraie. Ils n’ont pas de devoir à notre égard. Comme nous en revanche, ils bénéficient de droits moraux fondamentaux, de droit de vie, d’intégrité. Il est de notre devoir moral et légal de respecter ces droits. Ces personnes sont vulnérables, et il est de notre devoir de les protéger, de ne pas leur faire du mal.

Les animaux, la logique, la morale

Maintenant que l’on a dit tout ça, parlons d’animaux. Beaucoup d’animaux possèdent les mêmes IC que ces personnes dont nous venons de parler. Et d’ailleurs,ils ne sont eux non plus, pas autonomes moralement. Si ces personnes citées ont une bases de capacités qui leur permet de bénéficier de droits fondamentaux, les animaux possédant les mêmes capacités devraient en toute logique bénéficier de droits fondamentaux équivalents. Ils devraient tout au moins avoir des droits de vie et d’intégrité corporelle, ils devraient être considérés comme des fins en soi, en effet, ils fournissent une base satisfaisante selon les arguments proposés. Il n’est pas ici question d’établir une hiérarchisation des espèces d’après leurs capacités.

Tous les animaux n’ont pas la même potentialité dans ces capacités, mais il s’agit d’être cohérent moralement.

Le fait est que les animaux ne sont pas des êtres humains. Mais peut-on expliquer moralement ce qui fait la différence en terme de droits ? Pourquoi ne sont-ils pas des personnes, puisque le fait ne pas posséder tous les critères IC n’est pas suffisant pour ne pas donner ce statut ? Pourquoi ne bénéficient-ils pas de ces droits fondamentaux ?

En outre, les capacités cognitives ne sont pas moralement pertinentes pour déterminer le droit de vie, de ne pas être enfermé, exploité ou mutilé. De plus, il serait malhonnête de prétendre croire que les animaux consentent à la façon dont ils sont traités (sinon pourquoi aurions-nous inventer les cages, les chaînes, les armes, etc.)

La question que l’on devrait alors se poser ne devrait pas être « peuvent-ils raisonner ? » mais « peuvent-ils souffrir ? ».

Est-il choquant de considérer que les animaux que nous mangeons sont des êtres vulnérables ?

Ceci n’est qu’un exemple de réflexion que l’on est en droit d’avoir quand on est un humain et qu’on se permet de manger des autres êtres vivants. Bien sûr, certain.e.s ont dû sauter au plafond en voyant où je voulais en venir et il peut paraître choquant de comparer animaux, personnes handicapées, enfants, personnes âgées ou tout simplement animaux non humains/animaux humains. Pourquoi ? Probablement pour ce qui est sous-entendu par le fait d’être une personne. Pour cette histoire de droits fondamentaux, de droit de vivre, d’être une fin en soi. Mais la réflexion exposée ici reprend un principe de cohérence, il s’agit de trouver pourquoi il semble évident aux yeux de certains que les humains aient des droits fondamentaux. Il me paraît honnête d’essayer de réfléchir à ce qui permet d’avancer ce genre de phrase avant de le faire.

Dans un prochain article, je vous exposerai ma réflexion sur les animaux domestiques et les animaux sauvages, ou pourquoi a-t-on de l’empathie envers certaines espèces et moins pour d’autres.

[UPDATE 21/02/17] Un article intéressant et allant dans le même que cette réflexion a été publié hier sur Libération.fr \o/ http://www.liberation.fr/debats/2017/02/20/enseignons-a-l-ecole-l-empathie-pour-les-animaux_1549784 le combat et la réflexion continuent !

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